Autopsie de l’opposition béninoise

Publié le par LE BENIN DOIT CHANGER

L’opposition telle qu’elle existe aujourd’hui est plurielle. Mais elle est fondée sur des bases hétéroclites. Leur seule unité d’action, leur seule idéologie, c’est le débarquement « du chauffeur ». Certains professionnels des médias – bien que notre rôle ne soit pas celui-là, font et entretiennent plus l’opposition que la plupart des acteurs de la classe politique qui s’en prétendent.

Cette opposition éclatée est composée autour de centre d’intérêts divergents.
Le G13 est ainsi structuré autour d’opérateurs économiques qui ont pour la plupart subi des mesures dures de la part des régies financières : douanes, impôts… Certains des membres impliqués dans des opérations économiques hier douteuses ou peu orthodoxes ont connu des mesures de redressement draconiennes. Eux qui s’étaient fait élire députés pour échapper auxdites décisions les ont senties dans leurs affaires et se sont constitués dans une opposition claire-obscure, car ils essaieraient et espèrent toujours que le gouvernement reviendrait sur certaines de ses décisions. Leur idéologie, c’est la protection de leurs affaires. Un point, c’est tout.

Certains se sont acoquinés à eux bien que  n’étant  pas dans  de grandes affaires. Ils en sont un peu comme des appendices et s’y maintiennent, et maintiennent la tête hors de l’eau à cause de cela, car les prochaines législatives sont dans  moins de 24 mois et il va falloir les financer ; les élections étant devenues extrêmement censitaires au Bénin. Toute cette composition frappée « d’irrédentisme » et « d’hétéroclisme » politiques ne peut pas permettre à ce groupe d’être stable pour mener une opposition structurée et de conviction politique d’autant que certains de ses éléments virent vers un régionalisme ou un tribalisme qui risque de leur être fatal et d’être préjudiciable à l’unité du groupe et à  l’unité nationale. La viabilité du groupe est d’autant plus fragile qu’aucun homme politique avéré ne s’y trouve pour freiner les velléités fractionnistes de certains  éléments qui pour en découdre absolument avec leur challenger M. Yayi sont prêts à tout pour y arriver : « je suis prêt à faire couler mon sang pour qu’il parte», disait un député qui cherche à y entrer et on  espère qu’une telle demande ne sera pas satisfaite. Lui, son nomadisme est d’ailleurs légendaire !

Le communiqué diffusé, il y a quelques jours par l’un des partis ténors du groupe n’est pas de nature à rassurer sur la solidité et sur la vie du G13. Il est vrai que ce parti ne proclame pas son départ et il est vrai aussi que nos formations politiques fonctionnent ainsi de façon approximative. Mais le communiqué est illustratif de la façon dont à l’interne les choses se tramaient : un panier à crabes en somme on sonne.

Ne parlons pas de ce que l’on dit que Gbadamassi subirait de la part de ses amis. Il est vrai enfin que quand on sort d’une barque, on se croit  en droit de justifier les raisons ou les trouvent qui vous ont frayé la voie pour en être débarqué.

Par conséquent, l’opposition du G13 ne vivait que par des compromis à l’interne. La tête que constituait son Président appelle beaucoup de sympathie, d’amitié par son calme et son flegme. Un homme de ce genre ne donne pas l’impression d’être  une personnalité capable de vivre dans la fange politique nauséabonde actuelle. Je souhaite me tromper !!! Il est vrai parfois qu’un flegme peut cacher une personnalité à poigne !

Le G4 et Force Clé : cette addition déjà me déplait souverainement. En effet, dans le G4 il y a de vieux et grands partis qui ont fait leur preuve et qui sont prêts à mettre leurs connaissances en commun pour  l’objectif commun qui est celui de gagner le pouvoir. Mais ils gardent une certaine autonomie d’action surtout dans leur région. Pourquoi Force Clé n’aurait pas parié sur les mêmes principes majeurs en vue du même objectif ? Comme s’il était dans « le contrat social » tout n’y étant pas ? Comme pour s’identifier à part ? Même déjà cette forme d’adhésion n’est pas de nature à rasséréner et à renforcer le groupe, à apporter une cohésion en son sein et à contribuer à la cohérence dans les actions d’un groupe qui veut se soutenir dans une opposition forte, parce que structurée et animée par une vision. Une vision axée sur une politique et un programme alternatif de conquête du pouvoir. Comment alors concevoir une politique et un programme, la somme des contributions de chaque élément du groupe, si celui – là manque de cohésion ? Si certains ne s’intègrent pas avec un minimum de confiance au groupe ? Dans ces conditions le régime ne pourra subir aucune charge à même de la faire trembler et il résistera à des actions fractionnées et fractionnelles d’une opposition non unitaire.

L’on comprend la réussite des débauchages tous azimuts et le chef de Force Clé lui, il a verrouillé toutes ses structures. L’on comprend alors que le chef de Force Clé ne veuille pas mettre ses billes dans le G4 car il est à la tête directement ou indirectement d’une série d’organisations non gouvernementales qui sont les satellites de sa formation politique. Celles – ci se trouvent donc au confluent de mouvements qui lui apportent de l’effluent homme, vivres et énergie. Il s’agit donc d’une stratégie bien murie et qui jouera pour lui et pourra jouer aussi contre les amis d’aujourd’hui au cas où le pouvoir serait acquis et solide.

Dans ces conditions, le G4 devrait se structurer autour des vieux partis qui le composent fermement. Dans ce cas, même  est-ce que quelque chose est possible vu les ambitions que nourrissent les membres du groupe d’être des candidats chacun en 2011 ? N’oublions pas que cette année 2011 deux élections seront organisées : les législatives et les présidentielles. Unité de G4 ? Mystère et boule de gomme !!! Doit-on en conclure que le PRD qui est resté en dehors de ces G a eu raison ? On est tenté de l’affirmer. Il a eu l’honnêteté de ne pas s’associer aux deux G tout en composant au cas  par cas avec eux. C’est la caractéristique de son chef, la méfiance en tout et sur tout en politique. Mais par rapport à Force Clé au moins les jeux sont clairs.

L’UNDP du Président Zinsou devient quoi dans tout cela ? En tout cas je ne le vois pas rester dans un G13 dont les dérives régionalistes de certains membres ne peuvent pas être partagées par un Président Zinsou. Il est anaphylactique au tribalisme et au régionalisme. Son parti va – t – il choisir d’évoluer en singleton et conclure des accords au cas par cas ? En stratège fin il doit être en train de penser  - ou il y a déjà pensé – à une solution, en compagnie de ses fidèles, à une solution dans laquelle ils seront au cœur du pouvoir prochain.

Et notre  opposition devient quoi dans tout cela ? Elle a le mérite d’exister même si elle  est fractionnée. Mais comme on dit dans le pays, c’est toujours une opposition fébrile qui a peur ou qui a du mal à s’affirmer. En effet, elle a chanté  pendant longtemps que tant que le décret d’application de la loi sur l’opposition ne sera pas pris elle ne s’affirmera pas. Le décret a été adopté rigoureusement conforme à la loi, les responsables des partis politiques regimbent toujours. Ils ne sont pas satisfaits, car ils trouvent insuffisants ce qui y est prescrit. Peut-être, comme le dit un des membres éminents de cette opposition, ancien de tous les combats et de toutes les compétitions et en passe d’être frappé par la limite  d’âge : « nous sommes en train de nous échauffer » avant la bataille finale.  Il est capable de prendre la tête de l’opposition n’ayant plus rien à perdre ayant tout gagné dans sa vie professionnelle et presque tout gagné en politique. Mais comme on dit dans le pays, c’est toujours difficile de faire l’opposition au Bénin si on ne veut pas se serrer les reins, la ceinture face aux mesures de rétorsion d’un pouvoir qui sait en user ; ce qui amène souvent les militants des partis à soumettre les responsables à leurs quolibets. C’est dur, dur d’être de l’opposition au Bénin !!!
Urbain Thognon, Analyste
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