Le meurtre du Père ?
On voit visiblement que Boni Yayi veut affirmer son identité propre et sa personnalité en tant qu’élu de la nation, face à la toute puissante hégémonie du l’ancien président Mathieu Kérékou, qui même trois ans après son départ du pouvoir se fait encore sentir.
S’il est vrai que la culture Nago de l’actuel chef de l’Etat le prédispose à une plus grande courtoisie dans ses relations interpersonnelles, ce qui en politique, est considéré souvent comme une faiblesse, bien des Béninois veulent pourtant, le voir chausser les bottes de président de plein exercice, comme le lui confère la loi fondamentale. La logique américaine dans la dévolution du pouvoir et l’exercice de la responsabilité ne reconnait pas la recommandation. Elle prend en compte que les valeurs intrinsèques et la compétence de celui qui est promu. Le phénomène ne s’observe pas de la même manière en France.
Dans l’Hexagone, tant que le tuteur est vivant, le filleul a du mal à s’affranchir du tutorat. Ce qui explique sans doute la retenue de l’actuel président toutes les fois qu’il est en présence du Général Mathieu Kérékou. Pourtant, « Rome l’a fait Roi. Il ne nous connaît plus », devrait être son crédo. « Mais nous, nous le connaissons encore et c’est cela qui nous tue ! » En revanche, dans les rapports avec les anciens et les autres présidents de la République Boni Yayi ne développe pas le même complexe. Surtout vis-à-vis du président Nicéphore Soglo qu’il avait servi comme chargé de mission à la présidence avant que le régime de celui-ci le propose à la BOAD. On peut même remarquer qu’il a réussi à s’affranchir de cette tutelle. Pour ce faire, c’est encore la machine des Soglo qui l’a aidé à prendre ses distances avec les contradictions internes qui s’y développaient. Il n’a pas ce problème avec Albert Tévoèdjrè dont son institution apparaît comme un appendice de la présidence de la République. Si on peut regretter au début une certaine distance avec le président Emile Derlin Zinsou, les relations semblent assez correctes et même empreintes de cordialité.
Quand on jette un regard sur ce nouveau rapport entre Mathieu Kérékou et Boni Yayi, on s’achemine certainement vers une sorte de parricide. En sorte, le meurtre du père par le fils, selon Sigmund Freud, un meurtre qui permet au fils de mieux s’affirmer.
Brice Ogoubiyi